Avec Juliette Armanet, on comprend vite que la chanson française n’est pas morte.

On est nombreux à penser que la chanson française l’était. Un décès intime pour laisser place aux nouvelles générations et à un souvenir d’un ancien temps où des géants comme Bashung, Sheller ou Sanson étaient d’actualité. Un ère révolue et cachée sous un immondice musical sans âme. Aucun nom ne sera donné pour ne pas faire de mal aux possibles auditeurs quelques peu retardés dans les gondoles des dealers musicaux.
Même si certains semblent toujours debout et chantent assis des textes qui, à la lecture, font tout l’inverse de ce qu’il faudrait faire, la Chanson française avec un grand C en a pris un sacré coup dans la tronche.

Comme une exception pour confirmer (vraiment) la règle, débarque Juliette Armanet. Une artiste aussi sincère que sa voix est magique. L’album a débarqué à la rédaction sans qu’on y prête véritablement attention. Il faut dire que l’expression  »chanson française » s’était glissée dans le courrier qui accompagnait le disque.

Et comme un train peut cacher une apparence, la première écoute en a scotché plus d’un. Certes Juliette use de la langue de Molière pour chanter, mais c’est la claque qu’on attendait dans ce rayon. La voix cristalline de l’artiste se mélange directement à ses mélodies (nelson) pour un résultat aussi racé que la cavalière seule qui apparait sur la pochette de cet opus salvateur qui se profile à l’horizon.

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Pochette singulière, mais écoute sans faute. Tout au long des quatre titres présents sur Cavalier Seule, on constate très vite le mélange subtiles entre les genres. Les textes se calent dans les écrins musicaux mis au point par Juliette dans une douceur insolente, charnelle, précieuse et sans doute insolente tellement il semble simple de faire la même chose.

Cavalier Seul sortira donc le 29 avril, mais Juliette nous plonge déjà dans son univers musical avec le premier clip tiré de l’EP : Manque d’amour. Une première plongée en image sur une ile où de jeunes éphèbes croisent la route d’une Juliette plus charmante que jamais avec son cheval blanc. Elle nous avait prévenu, ce clip est une folie douce.

Un clip qui confirme ce que l’on pensait déjà de l’artiste. Cette folie douce qu’elle vient nous chanter nous a convaincu dès la première écoute. Les suivantes nous ont rendus amoureux et les prochaines seront encore plus jouissives maintenant qu’on a pu rencontrer l’artiste derrière la crinière. Retour sur cette entrevue autour d’un café crême et d’un chocolat chaud.

« Je n’aime pas la fin, ça m’angoisse »

Bonjour Juliette, on aurait pu commencer tout naturellement et te demander de te présenter, mais on veut savoir : qu’est ce qui se cache derrière l’artiste ?

Un femme poilue. Ou peut être un homme. Poilu lui aussi.

Une femme poilue ? À la manière du visuel qui accompagnait la sortie de L’amour en solitaire ?

Oui. Une femme qui fantasme sur l’homme de ses rêves et qui commence à s’enlacer elle même pour le sentir plus proche.

Et cette femme, quelle est son premier souvenir musical ?

Mes parents. Ils sont tous les deux musiciens et je me souviens de les entendre jouer à la maison. Ma mère est une très bonne pianiste et mon père compose. Il travaille en ce moment sur un Oratorio sur les migrants. Ça s’appelle Lampedusa, mais attention, c’est assez compliqué à écouter.

Entourée de tes parents musiciens, tu t’es toi aussi lancée dans l’aventure rapidement ou tu as attendu ?

J’ai commencé la musique en suivant mes parents, oui. J’ai reçu une éducation classique de la musique avec le solfège et tout ce qui va avec. Quand je suis arrivé à l’adolescence, j’en ai eu marre et j’ai arrêté. J’ai commencé à composer de mon côté mais je regrette aujourd’hui de ne plus savoir lire une partition.

Tu as commencé à composer chez toi tes premières œuvres : Ma boucherie amoureuse puis Hermaphonic. Tu peux nous en dire plus à ce sujet ?

Ma boucherie amoureuse, c’était un petit spectacle que j’avais écris dans ma chambre. Une pièce de théatre qui est devenue cabaret que j’ai joué dans quelques cafés sans plus. Pour Hermaphonic, j’avais décroché une bourse de la SACEM pour l’enregistrer dans un studio, mais je n’en ai rien fait. Ça ne m’intéressait pas plus que ça.

Et puis vient L’amour en solitaire. Le titre déclic qui commence à tourner un peu partout. Tu l’as composé avec Yuksek, comment s’est passé la rencontre et la genèse du titre ?

Yuksek est le mari d’une amie. On se voit assez souvent et j’avais l’habitude d’envoyer des démos à mon amie pour qu’elle me dise ce qu’elle en pense. Il est tombé dessus et on a commencé à travailler sur le titre dans une première version electro. Le titre a été repéré par et s’est retrouvé sur la compilation French Kiss de Colette.

Et le morceau est sorti, plus tard, en version piano. Pourquoi cette seconde version ?

J’ai voulu le rejouer comme ça pour lui donner un aspect plus intemporel et aussi avec plus d’émotions.

D’ailleurs, ton frère est venu te filer un coup de main pour cette version ?

Oui, exact ! Je ne savais pas comment finir le morceau et je lui ai demandé de venir l’écouter. Très vite, il m’a dit de finir le morceau avec la note majeur. C’est une version toute nouvelle du titre que j’ai donc pu faire.

Justement, c’est avec ce titre qu’on a prolongé notre extase après avoir écouté l’EP. Tu as conscience de la magie de ta musique et du fait que ça s’inscrit dans ce qu’on a connu de mieux en matière de chanson française ?

Wow ! Merci beaucoup, ça fait plaisir !

Et justement, dans les comparaisons qu’on a fait avec toi, on a pensé à Sheller, Sanson ou même Jonasz. Est-ce que ces noms font partie de tes influences ?

Oui. Pour Sanson, je l’ai découvert récemment. J’ai commencé à écouter ce qu’elle faisait il y a un an environ. Sheller bien évidemment avec son titre Un homme heureux qui est magique. Il y a aussi Voulzy. Je sais que tous les hipsters de Paris vont dire que c’est de la merde, mais il a fait des titres qui sont de vrais chefs-d’œuvres comme Coeur Grenadine ou Cocktail chez mademoiselle. En plus récent, il y a aussi Tellier (avec qui elle a déjà partagé la scène ndr) qui a un univers assez fou.

Et dans toutes ces influences, est ce qu’il y a un titre que tu retiendrais plus que les autres ?

J’hésite. Un homme heureux de Sheller est magnifique, mais je dirai Bijou Bijou de Bashung et c’est mon dernier mot.

Comment se passe la création de tes morceaux ? Textes d’abord puis mélodies ou l’inverse ?

J’ai des carnets avec des mots et des phrases que j’aime, mais quand je commence à composer les textes et les mélodies arrivent en même temps. L’un ne peut pas se faire sans l’autre. J’ai une idée avec un texte anglais mais je n’arrive pas à trouver de paroles françaises et du coup, je suis coincée.

Justement, est-ce que tu envisages de chanter un jour en anglais ?

Non. Le français c’est la langue que j’aime chanter. L’anglais est souvent utilisé et on n’est moins libre en l’utilisant. Avec le français, je peux plus me mettre dans la chanson et les émotions qui sont dedans.

Quand on regarde le nom de tes morceaux, on voit que tu parles d’amour en solitaire, de manque d’amour, que tu fais cavalier seule et, à la fin, c’est Adieu Tchin Tchin. Est-ce que tous les titres sont liés pour raconter une histoire d’amour qui se termine mal ?

Je parle de ce que je ressens dans les titres, mais le fait que tout soit ou puisse être vu comme une histoire triste vient du fait que j’aime les chansons tristes. Elles permettent de se laisser envahir par des émotions. C’est le but de la musique, mais j’ai l’impression que ces morceaux là sont plus puissant dans cette démarche avec leur côté tendre plainte.
Pour ce qui est de l’histoire d’amour qui fini mal, je vois plus les morceaux comme l’histoire d’une fille qui devient homme, puis qui devient fille à nouveau et ainsi de suite. Cavalier Seul est un titre plus physique et masculin que Manque d’amour qui arrive avec une mélopée soul voir kitch. Le tout c’est plus une histoire transgenre.

« Avant de monter sur scène ? 4 litres de whisky, 5 litres de vodka, 3 litres de vins et une saucisse de Morteau »

Pour continuer avec les noms de tes morceaux. Est-ce que tu penses que les cartes postales ont encore un avenir à l’heure de Snapchat, Twitter, Messenger et toutes les autres applications ?

Oui ! Je fais partie des gens qui écrivent avec un stylo sur une feuille pour donner des nouvelles. Avec mes amis on s’envoie beaucoup de cartes postales. C’est une manière plus matérielle d’échanger que les messages ou SMS. Je sais que ça fait un peu vieille école de dire ça, mais y’a un vrai rapport avec l’objet.

Du coup, pour la musique, c’est la même chose. Tu préfères avoir les CD ou les vinyles entre les mains plutôt que la playlist Deezer ?

Clairement. Je collectionne les vinyles. J’aime beaucoup le fait d’avoir l’objet entre les mains. On peut d’autant plus apprécier les morceaux qui sont présents dessus. En plus de ça, on ne se limite pas à un seul morceau, on profite de tout le travail qui est fait.

Justement, tu es plus CD ou vinyle ?

Vinyle. D’ailleurs, j’aimerai bien pouvoir sortir le mien. Il faudra que je demande !

Tu fais de nombreuses dates un peu partout en ce moment. Et avant de monter sur scène, on se demandait si tu avais un rituel spécial ?

Alors. 4 litres de whisky, 5 litres de vodka, 3 litres de vins et une saucisse de Morteau.

Attends, on prends en note. Donc 4L de ?

Non, plus sérieusement. Avant de monter sur scène, je suis complétement angoissée alors je boxe dans les loges pour me préparer psychologiquement.

juliette armanet

D’ailleurs, en parlant de scène. Tu as déjà chanté avec Julien Doré à la fin d’un concert. Est-ce qu’on peut imaginer une collaboration entre vous deux ?

J’aimerai bien oui. Que ce soit avec lui ou avec un autre. Malheureusement, je suis assez timide à ce niveau et je ne sais pas encore ce que je pourrai apporter pour que ce soit véritablement intéressant. En tout cas, je pense que ce serait hyper cool de pouvoir mélanger les genres.

Et si tu pouvais choisir un artiste. Celui dont tu rêves pour une collaboration. Tu choisirais qui ?

Prince. Sans hésiter. Il sait tout faire niveau musique et il est hyper audacieux. Si je pouvais collaborer avec lui je le ferai chanter en français.

Un titre de lui que tu voudrais recommander à nos lecteurs ?

Kiss. C’est un peu cliché, mais le titre est génial. Sinon, il y a aussi I Love You But I Don’t Trust You Anymore qui est disponible uniquement sur un des albums de Prince.

Pour tes dernières sorties, tu as toujours fait le choix d’avoir des visuels qui sortent du lot. L’amour en solitaire a eu le droit à un visuel qui laisse penser au Windowlicker de Aphex Twin (en écoute ici) et Cavalier Seule qui revèle une chimère chevaline. Tu travailles toujours avec le même artiste pour les visuels ?

Oui. L’artiste est un vieil ami à moi. Théo Mercier. On se connait depuis très longtemps et chacun suit l’évolution de l’autre. On a vite eu l’idée de bosser ensemble sur les visuels et on continue. Les prochains arrivent vite et sont toujours dans le même esprit.

Confidence pour confidence. Est-ce qu’il y a un titre que tu as honte d’aimer ?

Hmmm. Dieu m’a donné la foi de Ophélie Winter. Parce qu’il fallait oser le faire.

Pour finir. Est-ce que tu as un dernier mot à dire ?

J’aime pas la fin. Ça m’angoisse.

JULIETTE ARMANET

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